Notre jumelle Vénus aurait aussi une tectonique des plaques

Vénus est une planète rocheuse comme la Terre mais légèrement plus petite et moins massive. On s’attendait donc à ce qu’elle possède une tectonique des plaques proche de celle observée sur Terre de nos jours. La carte topographique de sa surface dressée à l’aide du radar de la mission Magellan n’avait rien montré de tel, mais de nouvelles analyses de cette carte suggèrent finalement l’existence d’une tectonique récente.

Dans un article publié dans Proceedings of the National Academy of Sciences, le planétologue Paul Byrne, de l’Université d’État de Caroline du Nord (États-Unis), enfonce le clou concernant une thèse que lui et ses collègues avaient présentée dès 2018 dans un communiqué à l’occasion du 16e colloque du Venus Exploration and Analysis Group (Vexag) ainsi que lors de la 49e Lunar and Planetary Science Conference (LPSC) la même année mais cette fois-ci au Texas. Futura avait déjà fait écho à cette thèse dans l’un des précédents articles ci-dessous.

Cette publication prend un singulier relief après les annonces quasi-simultanées de la Nasa et de l’ESA au sujet de rien de moins que trois missions à destination de Vénus et dont l’ambition est de percer bien des secrets de la sœur de la Terre, à commencer par son activité géologique. Mais le débat sur la détection réelle ou pas de phosphine dans l’atmosphère de Vénus laisse aussi songeur sur la possibilité d’y trouver des formes de vie microscopiques.

Des missions pour révéler les secrets de la géodynamique de Vénus
Personne ne peut vraiment prédire encore ce que découvriront Veritas et Davinci+ pour la Nasa et EnVision pour l’ESA.

Mais les trois sondes devraient au moins nous en apprendre plus sur la géodynamique de la planète et sa comparaison avec celle de la Terre aussi bien actuellement que dans un passé pas trop lointain. On sait que la Terre et Vénus ont presque le même diamètre et presque la même masse, alors pourquoi l’une possède-t-elle un volcanisme et une tectonique des plaques manifestes et en pleine activité, alors que l’autre non. La question semble inséparable du contenu en eau de Vénus et de la détermination de la date et des mécanismes exacts qui ont conduit un effet de serre à s’emballer pour donner l’enfer que nous connaissons aujourd’hui et dont un bref aperçu nous a été livré par les sondes soviétiques Venera il y a une quarantaine d’années, après avoir survécu suffisamment longtemps pour nous envoyer quelques clichés de la surface de Vénus.

Mais, en fait, il se pourrait bien que des volcans soient bel et bien en éruption actuellement sur l’étoile du Berger et qu’une tectonique des plaques soit bien présente. Ces phénomènes sont sans aucun doute différents de ceux que nous connaissons sur Terre mais cela fait quelques décennies que nous avons des indices à leur sujet.

Ces indices viennent principalement de la cartographie de Vénus réalisée à travers son épaisse couche nuageuse à l’aide du radar qui équipait la sonde Magellan de la Nasa. Elle a montré que la surface de la planète était très peu cratérisée, ce qui indique qu’elle est jeune, et pas âgée de plusieurs milliards d’années comme c’est le cas de Mars ou de Mercure, et l’on voit clairement la présence d’édifice volcanique. Par contre, pas de trace de tectonique des plaques comme sur Terre.

Mais, en 2018 déjà, Paul Byrne et ses collaborateurs avaient avancé et développé la thèse voulant que certaines des structures révélées par Magellan soient les manifestations de l’équivalent de celles que l’on observe avec une banquise sur Terre qui s’est fragmentée, avec des blocs bougeant les uns par rapport aux autres.

Nous aurions donc sous les yeux non seulement la preuve de l’existence de plaques sur Vénus, bien que beaucoup plus petites et plus nombreuses que sur Terre, mais aussi de leurs mouvements qui pourraient être plus que récents dans l’histoire de la planète et être toujours en cours aujourd’hui selon les planétologues.

Parmi les arguments qui soutiennent ces hypothèses, il y a celui qui provient d’une modélisation des contraintes tectoniques et des déformations associées aux blocs supposés révélés par Magellan et qui sont précisément compatibles avec une modélisation des forces produites par le manteau de Vénus, qui serait dans un état convectif particulier, sur une lithosphère peu épaisse et fragile. La présence de cet état convectif est suggérée indirectement par des mesures de gravimétrie tout à fait similaires à celles que l’on peut conduire en étudiant les mouvements des satellites dans le champ de gravité de la Terre. La forme de ce champ trahit en effet des courants de convection avec de la matière plus chaude et moins dense, générant donc un champ différent que des régions plus froides et donc plus denses.

On se prend donc à rêver d’extraordinaires images d’éruptions volcaniques sur Vénus que pourraient nous livrer des missions dans les décennies à venir. Surtout, les implications de l’existence d’une tectonique des plaques encore active sur Vénus ne se limitent pas à la planète elle-même.

Vénus, une Terre ou une exoplanète primitive ?
En effet, les planétologues s’interrogent sur la possibilité de transposer le modèle de tectonique exotique de Vénus au cas de certaines exoplanètes. Enfin, cette tectonique n’est peut-être pas si exotique que ça, car elle pourrait précisément être celle que la jeune Terre possédait il y a plus de trois milliards d’années. Comme l’explique Paul Byrne dans le communiqué de la North Carolina State University : « L’épaisseur de la lithosphère d’une planète dépend principalement de la température, à la fois à l’intérieur de la planète et à sa surface. Le flux de chaleur de l’intérieur de la jeune Terre était jusqu’à trois fois plus important qu’il ne l’est maintenant, donc sa lithosphère était peut-être similaire à ce que nous voyons sur Vénus aujourd’hui : pas assez épaisse pour former des plaques qui subductent, mais assez épaisse pour s’être fragmentée en blocs qui poussaient, tiraient et se bousculaient. »

Les processus convectifs dans le manteau de la Terre, il y a plusieurs milliards d’années, ne devaient pas être les mêmes qu’aujourd’hui car le manteau était plus chaud. On a des raisons de penser qu’il existait alors un plus grand nombre de plaques, de plus petites tailles et animées de mouvements plus rapides. Les laves crachées par les volcans devaient être plus chaudes aussi et de fait, nous savons que, depuis environ 2,5 milliards d’années, les laves appelées komatiites ne s’épanchent quasiment plus à la surface de la Terre.

Toutefois, comme Futura l’expliquait dans le précédent article ci-dessous, il existe des arguments également basés sur les images de Magellan qui ne seraient pas compatibles avec une tectonique des plaques encore active récemment.

Source : https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/astronomie-notre-jumelle-venus-aurait-aussi-tectonique-plaques-19903/

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