Deux exoplanètes sur des orbites perpendiculaires autour de la même étoile

Grâce à une nouvelle technique, une équipe d’astronomes a montré que deux planètes en orbite autour de l’étoile HD 3167 se trouvent sur des orbites perpendiculaires, celle de la planète interne étant proche du plan équatorial stellaire tandis que l’autre est sur une orbite quasi polaire. Ce résultat suggère qu’un compagnon massif reste à découvrir plus en extérieur.

Plus de 3.000 systèmes planétaires, abritant plus de 4.500 exoplanètes, sont connus à ce jour, avec des architectures très diverses : planètes plus ou moins grosses, plus ou moins proches de leur étoile, orbites plus ou moins alignées… Ces différents éléments, notamment l’alignement ou non des orbites planétaires avec l’équateur de leur étoile mais aussi entre elles au sein d’un système, peuvent être utilisés pour distinguer les scénarios d’évolution d’une étoile et de ses planètes.

Dans les scénarios de formation planétaire les plus courants, les planètes d’un système multiplanétaire se forment à l’intérieur d’un disque de gaz et de poussières. Après la dissipation du disque, les planètes devraient alors tourner autour de leur étoile dans le même plan orbital, perpendiculaire à l’axe de rotation de l’étoile. Cependant, différents mécanismes peuvent perturber ces plans orbitaux et mener les planètes sur des orbites mutuellement inclinées, par exemple des rencontres gravitationnelles entre différents corps ou la présence de compagnons extérieurs massifs dans le système.

Un système atypique…
L’étoile HD 3167, une naine orange (type spectral K0, 87 % du rayon et de la masse du Soleil) de magnitude visuelle 9 (visible aux jumelles dans la constellation des Poissons) située à environ 150 années-lumière de nous, était déjà connue pour héberger trois planètes. La super-Terre HD 3167 b (1,7 fois le rayon de la Terre et 5 fois sa masse) fait le tour de l’étoile en seulement 23 heures. Les mini-Neptune HD 3167 c (3 fois le rayon de la Terre et 10 fois sa masse) et HD 3167 d (au moins 7 masses terrestres) ont pour leur part des périodes orbitales de respectivement 29,84 et 8,51 jours, avec donc la planète d qui orbite entre les deux autres.

Étonnamment, HD 3167 b et c transitent devant l’étoile, mais pas HD 3167 d. Par ailleurs, la planète c était déjà connue pour se trouver sur une orbite polaire, très inclinée par rapport à l’axe de rotation de l’étoile. Son orbite est probablement presque coplanaire avec celle de HD 3167 d, bien qu’avec une inclinaison mutuelle probablement comprise entre 2,3 et 21°. Ces éléments indiquaient ainsi déjà une histoire dynamique compliquée pour le système.

Vincent Bourrier, professeur assistant au département d’astronomie de l’Université de Genève, et ses collègues ont voulu en avoir plus, notamment sur l’orientation relative des orbites des deux planètes qui transitent. Ils ont ainsi cherché à mesurer l’orientation du plan orbital de HD 3167 b.

…qui cache un compagnon massif ?
Dans leur nouvelle étude, les chercheurs expliquent qu’ils ont utilisé le télescope spatial Cheops pour affiner les éphémérides de transit de HD 3167 b et le spectrographe Espresso pour mesurer l’alignement entre son orbite et la rotation de l’étoile. Grâce à une nouvelle technique baptisée technique de l’effet Rossiter-McLaughlin « Révolutions », ils ont ainsi déterminé que HD 3167 b est parfaitement alignée avec l’étoile et que son plan orbital est donc perpendiculaire à celui de HD 3167 c !

Ces nouveaux résultats semblent confirmer la prédiction, faite en 2019, qu’un quatrième corps serait présent autour de HD 3167. Selon cette hypothèse, HD 3167 b serait restée dans le plan dans lequel elle s’est formée en raison de la proximité de son étoile, tandis que les deux mini-Neptunes, plus lointaines, ont pu se libérer de leur étoile, mais sont finalement tombées sous l’influence de ce quatrième corps, qui aurait progressivement désaligné leurs orbites. Ces résultats montrent également que les exoplanètes sur des orbites perpendiculaires, résultant d’interactions gravitationnelles avec des compagnons extérieurs, pourraient être un phénomène plus courant qu’on ne le pensait auparavant.

Pour affiner les propriétés des planètes et confirmer l’existence de ce compagnon, des observations de suivi du système par vélocimétrie, transits et imagerie directe seront nécessaires. La recherche du compagnon va se faire principalement par un suivi en vitesses radiales, voire des observations astrométriques avec Gaia. En attendant, cette étude a fourni la première détection claire de l’effet Rossiter-McLaughlin pour une planète dont le diamètre est moins du double de celui de la Terre, ce qui est prometteur pour révéler l’architecture orbitale de systèmes abritant de petites exoplanètes.

Source : https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/astronomie-deux-exoplanetes-orbites-perpendiculaires-autour-meme-etoile-94512/

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