De la pluie sur commande dans les déserts : quand l’Homme prend le contrôle de la météo

Transformation de la grêle en pluie, augmentation des précipitations par l’ensemencement des nuages : ces techniques de bouleversements météorologiques plus ou moins modernes se diversifient. Avancées technologiques ou portes ouvertes à l’incontrôlable ?

Partout dans le monde, les épisodes de sécheresse se multiplient. Les climats arides mettent à mal les productions agricoles. La grêle, quant à elle « détruit en quelques minutes le fruit d’un travail de plusieurs années » explique Claude Berthet, directrice de l’Anelfa, Association Nationale d’Étude et de Lutte contre les Fléaux Atmosphériques. Alors, les pays investissent, testent et pensent des solutions et des systèmes pour contrer les intempéries, les pénuries d’eau. Aujourd’hui, la porte est ouverte, ou plutôt entrouverte, à tous les possibles.

En France depuis 1951, l’Association Nationale d’Étude et de Lutte contre les Fléaux Atmosphériques, répond à une demande de terrain. La grêle est un fléau pour les cultures depuis les années 1950 et l’Anelfa en a fait son principal sujet de recherches. En travaillant en étroite collaboration avec des physiciens des nuages, docteurs et scientifiques, mais aussi agriculteurs et agronomes, l’association a mis au point un système de transformation de la grêle en pluie.

Utilisés depuis près de soixante-dix ans, les générateurs de l’Anelfa sont déjà mis en place dans plusieurs départements français. Claude Berthet, directrice de l’Anelfa, décrit « des appareils relativement simples et volontairement assez rustiques pour qu’ils puissent être installés chez des opérateurs bénévoles qui vont mettre en route ces dispositifs sur alertes météorologiques ».

TRANSFORMER LES NUAGES

La grêle est toujours produite par celui que l’on nomme « le roi des nuages », le « cumulonimbus ». « À l’intérieur de ces nuages, on peut trouver des températures positives et des températures négatives. Naturellement, l’eau quand elle est pure, même à température négative, peut se retrouver sous forme liquide. C’est ce que l’on appelle l’eau surfondue » souligne Claude Berthet.

« C’est la présence, à l’intérieur d’un nuage, d’eau surfondue et de certaines particules qui va permettre, par des échanges entre l’eau sous forme vapeur, l’eau sous forme liquide et l’eau sous forme solide, de former la grêle ». Les particules, sont « des noyaux de condensation, pour former des gouttelettes d’eau » et « des noyaux de congélation, qui vont former des particules glacées ».

Ces différents éléments s’allient et se mêlent pour créer l’ennemi des viticulteurs français. « On sait qu’un facteur favorable au grossissement de la grêle, c’est quand il y a peu de noyaux de congélation dans l’atmosphère ». Alors quelle solution pour réduire, voire éliminer la grêle ? Ajouter des noyaux de congélation artificiels.

Pour ce faire, l’Anelfa utilise de l’iodure d’argent. « À partir d’un gramme d’iodure d’argent, on est capable de fabriquer 200 milliards de particules par seconde, avec notre générateur. La technique s’est basée sur l’ensemencement des nuages. […] Nous, on a choisi de produire [les noyaux de congélation] au niveau du sol, parce que l’on sait qu’ensuite, un nuage d’orage va pomper la chaleur et l’humidité du sol. Donc, il va pomper les particules qui auront été produites » indique Claude Berthet.

Aux Émirats arabes unis, une technique d’ensemencement des nuages par drone est encore en phase de test. Le drone serait envoyé directement à la base du nuage pour mesurer différents facteurs tels que « les processus microphysiques, la force des courants ascendants et les mesures des gouttelettes de nuage » explique Alya Al Mazrouei, Directrice du programme de valorisation de la pluie des Émirats Arabe Unis. Les différents projets et investissement dans les technologies d’ensemencement de nuages permettent de prévenir des situations de sécheresse et de pénurie d’eau. Leur objectif est de « recharger les eaux souterraines et les aquifères. »

Andrea Flossmann, co-présidente du groupement d’experts de la modification du temps de l’Organisation météorologie mondiale (OMM) reste sceptique quant à la multiplication des systèmes de modification de la météo. « Le problème, c’est qu’en ce moment, il se passe tout et n’importe quoi. Certains pays ont reçu l’information comme quoi il suffirait de jeter un produit dans les nuages pour qu’il pleuve et que ça y est, ce soit le déluge. Cela ne marche pas comme ça. […] Les énergies associées à ces nuages ont l’ordre de grandeur des bombes atomiques ! C’est une énergie colossale. [Pour] les faire bouger, ce n’est pas en jetant une pierre ou un canon, […] il faut vraiment une intervention chirurgicale, si je puis dire, pour identifier les points faibles et attaquer ».

PRÉVENIR LES PÉNURIES D’EAU

À Abou Dabi, dans le Centre national de météorologie (CNM), l’atmosphère est surveillée toutes les heures pour contrôler l’avancée des opérations d’ensemencement des nuages, l’amélioration des précipitations. Le CNM est en charge du programme avec un budget de 1 295 000 euros sur trois ans afin de « présenter les propositions de recherche les plus innovantes au profit des générations futures qui risquent de manquer d’eau » indique Alya Al Mazrouei, directrice du programme de valorisation de la pluie des Émirats.

Andrea Flossmann indique qu’à ce jour, l’OMM a scientifiquement confirmé pour la première fois que les systèmes d’ensemencement fonctionnaient, particulièrement sur les nuages orographiques, notamment en Australie et aux États-Unis. « L’objectif, c’est d’augmenter les chutes de neige dans ces régions, qui sont aussi des réservoirs d’eau […] pour l’été. On a pu prouver scientifiquement que cela pouvait augmenter la progression nuageuse de 10 à 15 %. Ce n’est pas énorme, mais on a là un signal vérifiable scientifiquement ».

La question se pose quant aux produits utilisés et à l’impact qu’ils peuvent avoir sur l’environnement, la biodiversité et les sols.

« Pour l’instant, les recherches qui sont faites montrent que l’augmentation des précipitations [en France] est de l’ordre de 10 %. Dans la mesure où c’est pratiqué à l’instant où l’on manque de précipitations, l’impact est positif » répond Claude Berthet, directrice de l’Anelfa. « Toutes les études menées n’ont pas mis en évidence un effet significatif sur l’environnement. Les quantités diffusées sont relativement faibles, à l’échelle des surfaces concernées ». Alya Al Mazrouei abonde : « l’ensemencement des nuages n’a aucun impact négatif sur l’environnement, parce que les matériaux naturels dispersés dans les nuages sont adéquats dans l’atmosphère ».

Faut-il instaurer des contrôles, des lois ou bien des limites à la modification de la météo ? Selon Andrea Flossmann, des chartes de contrôle seraient les bienvenues. Aujourd’hui, des conflits entre pays voisins éclatent lorsque l’un d’eux annonce exercer des tests pour modifier son climat. Dès lors qu’apparaît une situation anormale, ils s’empressent d’accuser leurs homologues. « C’est déjà le cas avec l’Iran et la Palestine qui se plaignent de se faire voler leur eau par Israël. Même débat au Maroc, aux États-Unis, au Mexique, en Chine, en Espagne […]. Pourtant, ça n’est pas encore possible, les rendements ne sont pas assez importants pour voler l’eau de son voisin ». 

Source : https://www.nationalgeographic.fr/environnement/de-la-pluie-sur-commande-dans-les-deserts-quand-lhomme-prend-le-controle-de-la-meteo?fbclid=IwAR0EKKxEN4JlbiHeqp87QlneOW4nZ_Ux4njHk09SLQNEdttIPtf0fJH5hjI

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