Des radioastronomes ont produit l’image la plus complète des émissions radio d’un des trous noirs supermassifs les plus proches de la Voie lactée. L’émission est alimentée par le trou noir central dans la galaxie Centaurus A, à environ 12 millions d’années-lumière, et dont la manifestation d’une éruption occupe sur la voûte céleste 16 fois la taille de la Lune.

C’est en 1800 que l’astronome William Herschel a fait la découverte de la première bande de rayonnement au-delà du visible pour l’œil humain : l’infrarouge. La bande ultraviolette, tout aussi invisible, sera découverte deux ans plus tard par le physicien Johann Ritter. Pour la bande radio, il faudra attendre 1888 et la célèbre expérience de Heinrich Hertz. Un demi-siècle plus tard environ, la radioastronomie prendra son essor et c’est un domaine plus que jamais actif comme le montrent la collaboration de l’Event Horizon Telescope et le développement en cour du Square Kilometre Array (SKA).

L’un des tout premiers pas menant vers le SKA a été réalisé depuis plusieurs années déjà avec la mise en service du Murchison Widefield Array, aussi connu sous l’acronyme MWA, un radiotélescope basses fréquences géant situé à Meekatharra en Australie-Occidentale. Il vient de livrer de nouvelles images d’une galaxie mythique dont Futura avait déjà parlé dans le précédent article ci-dessous et qui a fait l’objet depuis longtemps de nombreuses observations aussi bien dans le visible avec Hubble que dans le domaine des rayons X avec Chandra : Centaurus A.

Il se trouve que Centaurus A dans la constellation du Centaure était déjà connue de l’astronome britannique John Herschel, le fils de William. Mais il ne pouvait pas savoir que la galaxie que les astronomes appellent aussi NGC 5128 est située à environ 12 millions d’années-lumière et qu’il s’agit de la radiogalaxie la plus proche de la Voie lactée. Il ne pouvait pas savoir non plus qu’en son cœur se trouve un trou noir supermassif contenant environ 55 millions de masses solaires (Sagittarius A* n’en contient que 4,3 millions environ dans notre Galaxie) et que Centaurus A est probablement le résultat d’une collision passée entre une galaxie elliptique et une spirale. Son aspect actuel est celui d’une galaxie lenticulaire.

Centaurus A, un laboratoire à plusieurs longueurs d’onde pour étudier les AGN
Centaurus A est spectaculaire dans le domaine des rayons X et encore plus en radio où on peut voir des jets de matière relativistes s’étendant sur environ un million d’années-lumière et qui se terminent par deux lobes radio brillants.

Ces jets sont issus de ce que l’on pense être un trou noir supermassif central et c’est donc un bon exemple de noyau actif de galaxie (AGN) qui est aussi une puissante source radio. La proximité relative de Centaurus A en fait un objet de choix pour étudier ce type d’astre cousin des quasars.

On comprend donc pourquoi on cherche à avoir des observations de plus en plus précises de Centaurus A et c’est bien ce qu’illustre une publication dans Nature Astronomy que l’on peut aussi consulter en accès libre sur arXiv. L’auteur principal en est l’astrophysicien Benjamin McKinley de l’Université Curtin, membre du Centre international de recherche en radioastronomie (ICRAR).

Vue de la Terre, l’éruption de matière et d’énergie causée par le trou noir supermassif de Centaurus est vue grâce au MWA avec des détails inédits et les régions brillantes en radio affectées par les jets de particules s’étendent sur huit degrés dans le ciel, soit la longueur de 16 pleines lunes placées côte à côte.

La combinaison des données à plusieurs longueurs d’onde, pas seulement radio, soutient une théorie de la croissance de la taille des trous noirs supermassifs dans les galaxies du nom d’« accrétion chaotique à froid » (ACC pour Chaotic Cold Accretion, en anglais). Selon cette théorie, des nuages de gaz froid se condensent dans les halos galactiques et pleuvent ensuite sur les régions centrales, alimentant les trous noirs supermassifs.

On peut faire un rapprochement avec la théorie des filaments de matière froide qui est le paradigme actuel de la théorie de la croissance conjointe des galaxies et de leurs trous noirs supermassifs.

Source : https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/astronomie-eruption-trou-noir-centaurus-occupe-16-fois-taille-lune-ciel-18119/