Jupiter, tout comme la Terre, possède des aurores polaires mais elles sont gigantesques. Au fil des décennies, en utilisant les observations des sondes spatiales in situ, les planétologues découvrent comment les lunes principales de Jupiter, comme Io et Ganymède, contrôlent et provoquent ces aurores.

Ganymède est une des lunes galiléennes autour de Jupiter. Son originalité par rapport à Io, la volcanique, et Europe, la glacée, c’est d’être le plus gros satellite d’une planète du Système solaire, surpassant la Lune autour de la Terre, et également la seule lune à posséder son propre champ magnétique.

Cette dernière propriété conduit à des conséquences pour Jupiter elle-même et sa magnétosphère. Comme les trois autres lunes de la géante gazeuse, Callisto comprise, Ganymède provoque et influe sur les aurores polaires de Jupiter. La sonde Juno a conduit à une nouvelle découverte à ce sujet comme le montre un article publié dans Geophysical Research Letters.

Un communiqué du Southwest Research Institute l’accompagne dans lequel il est expliqué que le 8 novembre 2020 les instruments de Juno ont révélé l’existence d’un intense flux d’électrons en provenance de Ganymède et à destination des pôles de Jupiter.

Il s’agissait de deux instruments sous le contrôle de chercheurs du SwRI, le Jovian Auroral Distributions Experiment (Jade) et un spectromètre ultraviolet (UVS). En complément, le détecteur de champ magnétique de Juno construit au Goddard Space Flight Center de la Nasa a aussi été utilisé.

Des ondes magnétiques provoquées par le sillage de Ganymède
Jade a caractérisé le flux d’électrons guidés par des lignes de champ magnétique entre Ganymède et Jupiter, alors que UVS mesurait les émissions de lumière dans l’ultraviolet produites par la pluie d’électrons sur les pôles en conjonction. Mais, contrairement aux observations précédentes, ce flux d’électrons n’était pas associé à de grandes perturbations des lignes de champ magnétique, ce qui fait dire à l’un des coauteurs de l’étude publiée, l’astrophysicien Bertrand Bonfond de l’université de Liège en Belgique : « si notre interprétation est correcte, il s’agit d’une confirmation d’une théorie vieille de dix ans que nous avons élaborée pour expliquer la morphologie des empreintes aurorales ». On devrait certainement en savoir plus avec la mission Juice que prépare l’ESA.

Ce qui est certain, c’est que le mouvement orbital de Ganymède emportant son propre champ magnétique provoque des « vagues » dans la magnétosphère de Jupiter et que ce sont ces ondes, théorisées il y a longtemps par le prix Nobel de physique Hannes Alfvén, qui par des processus de magnétohydrodynamique et de physique des plasmas accélèrent les électrons qui vont ensuite, tout comme dans le cas de la Terre, produire des aurores polaires en entrant en collision avec les molécules de la haute atmosphère de Jupiter. Comme il se doit, ces aurores sont nettement plus spectaculaires que dans le cas de la Terre où, par contre, la Lune ne joue aucun rôle, n’ayant plus son champ magnétique propre.

On sait toutefois que Europe, Callisto et surtout Io en sont responsables également, en raison de connexions magnétiques de leurs aurores propres sur Jupiter, comme Futura l’expliquait dans les précédents articles ci-dessous. En fait, le plasma qui intervient dans ces processus est sous le contrôle des éruptions de Io qui contribuent à le former par les ions qu’elles injectent dans la magnétosphère de Jupiter.

Source : https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/astronomie-juno-revele-flot-electrons-ganymede-createur-aurores-jupiter-44349/