C’est une question qui se pose à chaque événement météorologique extrême : quelle est la responsabilité du changement climatique dans les vagues de chaleur ou de froid, les inondations ou les sécheresses qui touchent le monde ? Si l’influence des activités humaines sur ce dérèglement ne fait plus débat, il restait jusqu’à récemment difficile de le lier à un événement précis comme une vague de chaleur en Europe ou des inondations meurtrières au Bangladesh.

Mais depuis quelques années, la « science de l’attribution » se développe et permet de relier directement – ou non – un de ces phénomènes au changement climatique. Depuis 2004, le World weather attribution (WWA), un réseau de scientifiques, se penche ainsi sur le lien direct entre catastrophes naturelles et dérèglement du climat. « On a un peu bousculé les choses, car normalement les études de recherche doivent être revues par nos pairs, ce qui prend environ un an », détaille Robert Vautard, climatologue, directeur de recherche au CNRS et directeur de l’Institut Pierre-Simon-Laplace.

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Des vagues de chaleur 100 fois plus probables en France
Mais aujourd’hui le WWA parvient à estimer, un à deux mois après, le rôle joué par le réchauffement climatique dans un événement précis. « Pour publier nos études, on caractérise tout d’abord l’événement, notamment avec des experts locaux et on regarde avec eux les tendances », explique celui qui est également membre du WWA et du Giec. « On regarde si, depuis le début des observations en 1900 il est plus fréquent, plus violent… Ensuite, nous comparons la situation avec des modèles qui simulent ce qu’il se serait passé sur une planète sans aucune activité humaine influant sur le réchauffement climatique ».

Un travail approfondi avec des experts locaux et des centaines de simulations sont ainsi effectués pour être le plus précise possible. Et avec cette technique, les chercheurs ont pu établir que le changement climatique a rendu 30 fois plus probable la canicule de mars et avril en Inde et au Pakistan. Des épisodes de chaleur qui pourraient devenir encore plus fréquents dans un monde à +2°C, ce vers quoi se dirige le monde d’ici la fin du siècle, selon les dernières alertes de l’ONU.

Le changement climatique a également multiplié par 1,2 à 9 la probabilité de précipitations extrêmes comme celles survenues en Allemagne et en Belgique en juillet 2021. Concernant la vague de chaleur qui a touché l’Europe de l’Ouest en juillet 2019, le WWA estime que les températures qui ont touché la France et les Pays-Bas sont directement liées au changement climatique. « Un événement au moins aussi important que cette vague de chaleur est devenu 100 fois plus probable avec le changement climatique » dans ces deux pays, estime ainsi l’organisme.

Des phénomènes complexes
Mêmes conclusions pour le dôme de chaleur qui a touché le Canada en juin 2021. Selon le WWA, il est directement lié au réchauffement climatique avec une probabilité 150 fois supérieure qu’une telle canicule touche le pays dans les conditions actuelles. L’organisme estime qu’un tel événement serait « quasi impossible » sur une planète où l’activité humaine n’aurait aucune incidence sur le climat.

En revanche, contrairement à ce qu’affirmait l’ONU, l’organisme a établi que le dérèglement du climat n’est pas le principal responsable de la famine qui touche Madagascar. « En étudiant la situation, nous avons établi que son ampleur et son impact sur les populations étaient surtout dus à la très grande vulnérabilité du pays en termes d’infrastructures et au Covid, qui a fait augmenter les prix à travers le monde et a poussé des populations à retourner sur des terres rurales, et a ainsi déstabilisé l’économie locale », détaille Robert Vautard.

Pour les inondations de 2017 au Bangladesh, qui ont touché près de sept millions de personnes, le WWA estime également que l’effet du changement climatique n’est pas prouvé, mais avance que, dans le futur et avec un réchauffement de 2°C, les chances que ces précipitations extrêmes surviennent augmentent de 70%.

« Toutes les vagues de chaleur sont liées au réchauffement climatique »
Toutefois, s’il est établi que « toutes les vagues de chaleur sont dues au réchauffement climatique, y compris celle que l’on vit aujourd’hui en France », détaille le directeur de l’Institut Pierre-Simon-Laplace, il est plus difficile de mesurer sa responsabilité dans des événements comme les tempêtes de neige ou de grêle, les orages tropicaux ou encore les incendies.

« Nous ne disposons pas de suffisamment de preuves, de modèles assez qualifiés ou d’observations suffisamment longues pour pouvoir étudier le rôle du dérèglement climatique dans ces phénomènes », détaille Robert Vautard. « Pour la grêle, comme pour les tornades par exemple, ces phénomènes sont pour le moment trop courts et nos modèles n’ont pas une résolution suffisante pour bien les simuler ».

Par ailleurs, ces événements sont la combinaison de plusieurs facteurs et si le rôle du dérèglement du climat est largement soupçonné, il reste difficile de mesurer sa participation exacte dans des phénomènes qui peuvent également être impactés par des facteurs extérieurs. « Les tempêtes sont plus difficiles à analyser, car l’impact de l’humain peut être déterminant sur leur intensité, avec notamment l’urbanisation, la disparition des forêts ».

Mais les catastrophes naturelles ou les événements climatiques extrêmes ne sont les seuls événements étudiés pour déterminer comment le changement climatique influe sur nos vies. Ainsi, la vague de douceur hivernale de la fin 2021 en France est également passée à la loupe par les scientifiques pour affiner nos connaissances sur la façon dont ce dérèglement se manifeste au quotidien.

Source : https://www.tf1info.fr/environnement-ecologie/video-vague-de-chaleur-secheresse-canicule-inondations-comment-savoir-si-un-evenement-est-du-au-rechauffement-climatique-2223225.html?utm_medium=Social&utm_source=Instagram%23Echobox%3D1655311619-1