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Le volcan sous-marin de Mayotte alimenté par un énorme réservoir magmatique

Entre 2018 et 2019, un nouveau volcan sous-marin a vu le jour au large de l’île de Mayotte, dans l’océan Indien. Bien à l’abri des regards, il s’agit pourtant de la plus grande éruption sous-marine documentée à ce jour. Pour comprendre la dynamique de ce volcan, les équipes scientifiques multiplient les expéditions. Ils ont notamment découvert que le volcan serait alimenté par une énorme chambre magmatique, située à plus de 37 km de profondeur.

En mai 2019, les scientifiques découvraient avec étonnement la présence d’un nouveau volcan sous-marin, situé à 50 km à l’est de l’île de Mayotte. Résultat de deux années d’éruption silencieuse, ce géant, bien caché sous plus de 2.000 mètres d’eau, commence à livrer ses secrets.

Une équipe composée de chercheurs du Laboratoire Magmas et Volcans, de l’Institut de Physique du Globe de Paris, de l’Ifremer et du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) vient en effet de détailler l’évolution du système magmatique au cours de cette gigantesque et longue éruption. L’étude, publiée dans la revue Earth and Planetary Science Letters, se base sur des données pétrologiques et géochimiques issues de roches échantillonnées par dragages sur les flancs du volcan.

Un volcan alimenté par une énorme chambre magmatique
Les résultats montrent que le magma proviendrait à l’origine de la fusion partielle du manteau, à une profondeur de 80 à 100 km. Cependant, la composition des basanites échantillonnées indique qu’elles ne sont pas les produits directs de ce processus de fusion. Autrement dit, le magma n’est pas remonté directement jusqu’à la surface. Il aurait d’abord séjourné dans une chambre magmatique située à une profondeur de 37 à 48 km, au sein de la lithosphère. Là, il aurait alors subi une première phase de différenciation, c’est-à-dire un refroidissement et un début de cristallisation, avant d’arriver en surface. Les scientifiques ont pu estimer le volume de ce réservoir à 10 km3, au minimum. Ce qui est énorme.

Les chercheurs estiment que le temps de transfert du magma entre ce réservoir et la surface aurait pris moins de 70 jours, ce qui est cohérent avec l’activité sismique enregistrée durant les 6 semaines ayant précédé le début de l’éruption.

Deux phases d’éruption marquées par un changement du trajet du magma
Durant la première année de l’éruption, le volcan aurait ainsi été alimenté par une remontée directe du magma à partir de cet énorme réservoir. Mais les dernières laves éruptées montrent que la dynamique de l’éruption s’est modifiée au cours de la deuxième année. Les données suggèrent en effet qu’il y a eu une interaction entre les magmas remontant du réservoir et des magmas résiduels déjà refroidis présents dans un second réservoir, situé à une profondeur de 17 km environ. Certaines données suggèrent également la présence d’une troisième chambre intermédiaire, localisée à 28 km de profondeur. Ce changement de configuration entre la première année et la seconde pourrait être lié à une modification du trajet des magmas au sein de la lithosphère. Durant cette deuxième phase de l’éruption, le magma est également remonté plus lentement, à une vitesse de 0,005 m/sec.

Le début de l’éruption a en effet été brutal, avec une soudaine décompression et une remontée rapide d’un grand volume de magma. Les scientifiques pensent notamment que l’éruption aurait pu être provoquée par un mouvement tectonique (déplacement sur une faille ou séisme), ce qui est plutôt cohérent avec le contexte tectonique de la région. Actuellement, le volcan semble être dans une phase d’accalmie. Mais sa surveillance grâce au réseau Revosima continue.

L’étude de ce système magmatique, qui présente une grande chambre magmatique en profondeur, aide à mieux comprendre la dynamique éruptive de ce style de volcan, capable de produire de longues éruptions impliquant de très gros volumes de laves.

Source : https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/volcan-volcan-sous-marin-mayotte-alimente-enorme-reservoir-magmatique-79074/